Le démantèlement, 2013 (à propos du film de Sébastien Pilote)

Démantelement

L’HOMME DÉMANTELÉ

Sébastien Pilote, Canada, 2013, Le Démantèlement 

1 «Les pères doivent toujours donner pour être heureux» ou l’amour à tout prix

Faut-il se laisser manger la laine sur le dos par ses enfants ? Est-ce vraiment «de même» que ça fonctionne ?

Première scène : un agneau se tenant à peine sur ses pattes fragiles, Gagnon le nourrit comme une mère. Il prend soin des bêtes et de sa terre. C’est la dimension maternelle du personnage, celle-là même qui est reprise dans le rapport à ses filles. Rien n’arrêtera Gagnon, on le sait depuis le début car il est mû par une nécessité intérieure absolue : accomplir la promesse faite à Marie. Le démantèlement est précédé par des démarches pénibles et irréversibles. On assiste, impuissant, à la «mise à mort» du fermier. Qui n’en sera pas aimé davantage, il le sait, sa jouissance est ailleurs, dans le don qu’il fait de lui-même. Dans ce sacrifice consenti qui lui confère valeur et existence. Autrement dit, c’est depuis cette place de père idéal qu’il trouve valeur et existence à ses yeux. Pour aboutir à quoi ? À la solitude de son acte et à la «seule satisfaction» qui compte pour lui, le bonheur de ses filles.

Dernière scène : un homme prostré sur sa chaise, à demi-caché par un mur, seul. Le sacrifice est accompli. Sur une table, on voit l’ordinateur, toujours inutile, qu’il a emporté, objet aussi étranger à l’univers de Gagnon que lui-même dans cet appartement anonyme. Gagnon s’est délesté de ses biens pour ne pas avoir à se séparer de son image de père et de mari d’autrefois. Il passe de l’attente à l’absence, à moins qu’il ne remplisse un jour cette autre promesse faite à Frédérique d’aller la voir jouer à Montréal ? À cette image d’exilé de la fin du film, font écho celles de ses filles souriantes, apparemment satisfaites. Peut-on dire que Gagnon entre dans une jouissance autre, sans limite, de celle qui échappe à la castration symbolique ? C’est le sourire énigmatique de Frédérique qui à la fin la désigne le mieux, comme jouissance prise à l’amour.

SUITE ….

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