Georges-Arthur Goldschmidt, une mémoire désespérée

« Toi, tu n’en auras pas, tu n’es pas un Allemand. » Les mots du charbonnier claquent encore dans la mémoire de Georges-Arthur Goldschmidt. Cette scène, révélatrice, le déporte dans un ailleurs qu’il ne cesse d’interroger. Presque banale, elle lui annonce un changement dans l’ordre du monde. Il ne sera plus jamais le même. Alors âgé de neuf ans, il avait attendu derrière d’autres enfants de recevoir une carte de l’Allemagne qui lui faisait penser au jeu de l’oie. Dans le Reinbek de 1937, l’interpellation est lourde de menace. Mais si je ne suis pas un Allemand, qui suis-je ? Qu’une seule réponse possible : Juif. La scène cristallise cet instant traumatique où le cœur se met à battre dans le vide. Où les discours entendus, les écrits des affiches et des journaux prennent un sens définitif et personnel, la mort est au bout de ces mots. Le voilà destitué de sa place familière, découpé de son lieu identitaire et jeté dans l’insaisissable. Muet désormais. Car comment contredire une vérité qui l’identifie négativement ? « Juif », ce mot, Goldschmidt le suivra à la trace comme un signifiant énigmatique qui scelle son image et l’enferme dans une identité qu’il ne ressent pas comme sienne.

Dans son dernier livre Un destin, il revient sur les conséquences d’une identité imposée par l’autre, qui « illégitimise » son existence et dans ce cas, qui l’expose aux affres de ne pas s’y reconnaître. (Lire la suite dans le numéro 260 du Magazine Spirale, printemps 2017

http://www.spiralemagazine.com/numero-magazine/art-et-savoir

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